Hors-jeux - Debout sur la table
Mots clés : Sport, Jeux olympiques, Chine (République populaire) (Pays)

C'est arrivé. Pas à un juge, mais à un athlète. Médaillé d'argent à Sydney, médaillé d'or à Athènes, Roman Sebrle, sans doute le meilleur décathlonien de son époque, s'entraînait en Afrique du Sud l'an dernier lorsque l'improbable se produisit: il reçut un javelot dans l'épaule. Quelques pouces plus à gauche, il l'avait dans la gorge, et c'était la fin des émissions.
S'il se comptait chanceux de s'en être tiré vivant avec 11 points de suture, Sebrle, un Tchèque de 33 ans, pensait bien que sa carrière sportive était terminée. Mais vous savez comment sont les jeunes, il a eu tôt fait de reprendre l'entraînement. Et quelques mois plus tard, lors des championnats du monde d'Osaka, il arrachait le titre. Il fut le premier à dépasser les 9000 points -- je vous fais grâce du système de comptage au décathlon -- et est le seul de l'histoire à avoir dépassé les 8000 points lors de 40 compétitions différentes.
Cela pour dire que Sebrle défendra son titre olympique à compter d'aujourd'hui à Pékin. A-t-il encore ce javelot de malheur à l'esprit? «Je suis le genre de gars qui regarde toujours vers l'avenir», déclarait-il récemment au journal Prager Zeitung, une excellente gazette à laquelle je vous incite à vous abonner comme je le suis depuis plus de quatre décennies.
«Mais bien sûr, poursuivait-il, vous n'oubliez jamais complètement un javelot dans votre épaule. Maintenant, avant d'entrer sur la pelouse d'un stade, je regarde autour.»
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Vous souvient-il de la belle époque de Juan Antonio Samaranch? À chacune des cérémonies de clôture, le bon monsieur qui faisait office de président du Comité international olympique se présentait au micro et disait: «Merci, Los Angeles, d'avoir organisé les meilleurs Jeux de tous les temps», «Merci, Séoul, d'avoir organisé les meilleurs Jeux de tous les temps», «Merci, Barcelone, d'avoir organisé les meilleurs Jeux de tous les temps», «Merci, Atlanta, d'avoir organisé les meilleurs Jeux de tous les temps», «Merci, Sydney...», enfin, vous pigez un peu le topo. Ça devenait un peu redondant à la longue, mais bon, les Jeux olympiques d'été ne revenant qu'aux quatre ans, on avait le temps d'oublier. Tenez, un test: nommez les médaillés de bronze en lutte par équipes à Athènes. Vous voyez bien qu'on oublie toujours tout. C'est pour ça que les politiciens répètent toujours les mêmes affaires et que vous votez pour eux pareil.
Bien sûr, il s'agissait d'un piège: il n'y a pas de lutte par équipes aux Jeux olympiques. Si vous avez confondu, c'est que vous regardez trop de lutte arrangée.
Toujours est-il que le successeur de Samaranch, Jacques Rogge, a promis dès le début de son mandat de ne jamais parler de «meilleurs Jeux de tous les temps». Hier, il a réitéré que dimanche, lors des cérémonies de clôture, il ne le ferait pas davantage. Il a aussi déclaré qu'il n'utiliserait pas le mot «fantastiques». Or vous me connaissez un peu depuis le temps, esprit torturé autant qu'inquisiteur, j'ai passé la nuit à ne pas dormir, tourne d'un bord tourne de l'autre, fouillant mon sémaphore intérieur à la recherche du mot qui allait être employé par M. Rogge. Extraordinaires? Époustouflants? Mirobolants? Exceptionnels? Décoiffants (aussitôt rejeté, M. Rogge n'étant, vous l'aurez remarqué, jamais décoiffé)? Fabuleux? Full chill? Au bout de trois heures, j'ai conclu: «Ah pis d'la chnoute, tant qu'à dormir avec pas de sommeil, aussi bien aller regarder du hockey sur gazon, il est 4h du matin, il doit y en avoir à la télé, c'est sûr».
Et la lumière fut. C'est le mot utilisé le plus souvent, toutes les cinq secondes, par tous les commentateurs olympiques de toutes les chaînes de télévision de tous les pays du monde.
Des Jeux incroyables.
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On nous montre bien peu de tennis de table à l'occasion de ces Jeux de la XXIXe olympiade d'été de l'ère moderne de Pékin en Chine 2008-O-Rama Plus, et c'est dommage. On raconte qu'en Chine les pongistes ont un statut comparable à celui des vedettes rock, bien que je n'en aie pas encore vu un faire semblant de jouer de la guitare avec sa raquette.
Le tennis de table soulève d'ailleurs une question d'intérêt. Le gymnase de l'Université de Pékin, où se déroulent les épreuves, compte 8000 places. Or le gars qui est assis dans la dernière rangée, tout au fond à l'extrême droite, peut-on dire qu'il en a pour son argent en matière de spectacle visuel? Surtout s'il souffre vaguement de myopie?
Quoi qu'il en fût, il faut distinguer le tennis de table du ping-pong. Le premier est un sport de haute compétition, le second une simple activité récréative, par ailleurs très frustrante lorsque pratiquée par grand vent. Inventé en Angleterre dans les années 1880 -- sachez-le, les Anglais ont inventé tous les sports --, le ping-pong s'est d'abord joué avec une balle de caoutchouc ou de liège, jusqu'à ce que, aux alentours de 1900, l'ingénieur James Gibb rapporte des États-Unis une balle de celluloïd qui allait créer une véritable révolution. Le mot «ping-pong» lui-même, que plusieurs croient être d'origine chinoise en raison de sa sonorité, et qu'est-ce qu'ils se trompent, aurait été imaginé par Gibb à partir du bruit que fait la balle rebondissant allègrement et en souvenir d'une vieille chanson prisée dans le milieu du music-hall londonien qui disait quelque chose comme «ding dong». Vous ne me croyez pas, n'est-ce pas? Votre scepticisme vous honore, mais il vous perdra.
Si l'expression «tennis de table» s'est répandue, c'est que «ping-pong» est rapidement devenu une marque de commerce (pour la petite histoire, Parker Brothers fut le premier détenteur des droits aux É.-U.). Au fil des ans, quelques innovations techniques, comme la raquette avec des petits pitons de caoutchouc, ont achevé de faire de la discipline le terreau de rapidité qu'elle constitue aujourd'hui.
Dans les années 1950, le tennis de table a été récupéré comme outil de propagande politique en Chine. On n'a pas abusé de citations de Mao Zedong jusqu'à maintenant, aussi voici en prime, sans obligation de votre part et avec l'assurance qu'aucun représentant n'ira chez vous, ce que le camarade Grand Timonier avait à dire au champion du monde, Rong Guotuan, en 1959: «Considérez la balle comme la tête de votre ennemi capitaliste, tapez dedans avec votre raquette socialiste et vous aurez gagné un point pour la mère patrie.»
De son côté, Coluche a déclaré: «Le tennis, c'est comme le ping-pong, sauf qu'au tennis, les joueurs sont debout sur la table.»
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Debout sur la table, vous vous en doutez, est aussi la position du téléspectateur lorsque son Canada empile les médailles. On est déjà en avant d'Athènes. Je vous le dis, ce pays est promis à un bel avenir, même avec un gouvernement minoritaire.
Vos réactions
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Le mercredi 20 août 2008 20:00
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Le mercredi 20 août 2008 10:00

